mercredi 16 avril 2008
par H. Barti
Personne n’était en mesure, hier, ni parmi les responsables locaux, ni parmi les représentants de la société civile, d’avancer avec certitude une explication unanime aux événements ayant ébranlé la veille la commune de Gdyel à l’est de la wilaya d’Oran, où plusieurs édifices publics ont été incendiés, à l’instar du tribunal, de l’agence CNAS et du bureau de poste de la ville. Les stigmates de la violence des émeutes de la veille étaient encore visibles, hier, dans cette petite localité où vivent quelque 35.000 âmes. Un impressionnant dispositif de sécurité a été mis en place dès les premières heures de la matinée autour des édifices publics.
Le tribunal, un des édifices qui semble avoir le plus souffert de ces incidents, a été presque complètement détruit par les flammes. Une délégation de la cour d’Oran, menée par le procureur général, était sur les lieux hier pour constater de visu l’ampleur des dégâts. A combien évalue-t-on les dégâts ? Et est-ce que les dossiers des justiciables ont été dévorés par les flammes ? Pas du tout, répond le PG sans donner d’estimation chiffrée des dégâts matériels. Quant aux affaires courantes du tribunal, elles ont été transférées provisoirement au niveau de la maison de la culture, située juste en face de la sûreté de daïra. Des agents de la commune, aidés par des détenus, travaillaient d’arrache-pied pour dégager les débris de l’édifice du tribunal. Les édifices ciblés par les émeutiers se situent sur la même artère reliant le lieu-dit « Ras El-Aïn », une zone boisée sur les hauteurs de la commune, au centre-ville. Une odeur prononcée de brûlé était encore dans l’air. C’est de cette partie de la ville, précisément du quartier d’El-Hammar, que les premiers groupes ont commencé à déferler vers le centre-ville. Des dizaines de curieux, effarés par l’ampleur des dégâts, observaient de loin les édifices saccagés. Un sentiment d’incompréhension se lisait sur les visages. Tant de gâchis qui ne trouve toujours pas d’explication.
Au lendemain des émeutes, plusieurs arrestations ont été opérées par les services de sécurité. Le nombre des personnes arrêtées avoisinerait les 21, selon des sources concordantes. Quant à d’éventuels blessés parmi les forces de l’ordre, aucune information n’a été communiquée dans ce sens, la sûreté de daïra de Gdyel s’étant abstenue de faire la moindre déclaration.
Le nouveau maire de la ville d’obédience RND, à la tête de la commune depuis quatre mois à peine, privilégie la thèse de « la manipulation ». Selon lui, « ceux qui sont derrière ces incidents veulent déstabiliser la nouvelle équipe communale. Mais les gens ne sont pas dupes. Ils nous ont accordé leur confiance et ils savent que depuis qu’on a été installé, beaucoup de choses sont en train de changer. Un fait marquant confirme mes dires », a-t-il ajouté : « Si le siège de la commune a pu être sauvé de la destruction, c’est bien grâce aux citoyens qui se sont mis sur le chemin de ceux qui voulaient s’y en prendre. Un riverain de l’hôtel de ville a même été blessé grièvement à la main en défendant cet édifice public », a-t-il affirmé.
Cette thèse de « la manipulation visant à nuire à la nouvelle équipe communale » a également été avancée par le chef de daïra, lors d’une réunion tenue hier après-midi avec les notables de la ville, les élus locaux et les représentants de la société civile. Dans son intervention, le commis de l’Etat a été catégorique : « Les émeutes d’hier sont le résultat d’un complot machiavélique, planifié à l’avance par un certain nombre de personnes », qui, a-t-il dit, « ont manipulé les jeunes pour des desseins inavoués », sans pour autant citer nommément ces gens.
Le chef daïra a rappelé l’ensemble des projets dont a bénéficié la commune depuis 2003 à ce jour. Une manière pour ce responsable de battre en brèche la thèse selon laquelle ces événements seraient l’expression d’un marasme social ou une certaine précarité de la jeunesse locale. « Certes, nous avons un problème de chômage dans notre commune, mais pas plus qu’ailleurs. Le nombre important d’opérations de développement inscrites, notamment en matière d’AEP, d’assainissement, d’alimentation en gaz naturel, démontre les efforts colossaux déployés par les pouvoirs publics pour améliorer le quotidien du citoyen au niveau de la commune ». Il citera par ailleurs le projet de port de pêche de Kristel dont le coût dépasse les 175 milliards de centimes.
Dans leurs intervenions, lors de cette rencontre, les représentants de la société civile, les sages de la ville comme ils ont été appelés, ont été unanimes à condamner les actes de destruction et de vandalisme ayant ciblé leur ville. Pour eux, les auteurs de ces troubles ne portaient aucune revendication ni de projet social ou politique. Pas la moindre banderole de contestation n’a été observée. Le seul but apparent, comme ils l’ont souligné, c’était de casser leurs propres biens, car finalement, soutiennent-ils, en cassant et en brûlant un bureau de poste ou une caisse nationale de sécurité sociale, ce sont les biens du peuple qui sont détruits.
Toutefois, la thèse de la manipulation, quelle que soit sa nature, semblait pour eux tout à fait invraisemblable, comme l’a exprimé un des intervenants, un ancien moudjahid de la ville. Pour ce dernier, « c’est la police, à travers le harcèlement qu’elle fait subir aux vendeurs à l’étalage de fruits et légumes du marché local, principalement des jeunes, qui est à l’origine de cette réaction violente de la part des jeunes ». Pour lui, « un jeune qui se fait maltraiter juste parce qu’il cherche à gagner sa vie honnêtement, peut, en effet, réagir assez violemment ». Selon ce même intervenant, il demeure indispensable pour nous tous de comprendre les véritables raisons ayant amené à cette émeute, afin de trouver des solutions efficaces et éviter ainsi à ce que le scénario de ce mardi ne se répète à l’avenir.
Une analyse qui rejoint la version qui nous a été rapportée par plusieurs jeunes de la commune, qu’on a rencontrés hier, et selon laquelle les émeutes de ce mardi sont survenues deux jours seulement après une descente de la police au niveau du marché des fruits et légumes. Selon cette même version des faits, dès la matinée de mardi, des bruits ont commencé à circuler au niveau des quartiers et des cafés de la commune, faisant état qu’un groupe de jeunes projetait de déclencher le même jour des émeutes à partir de 18 heures. Si cette dernière version s’avère vraie, cela confirme définitivement que les émeutes d’avant-hier n’avaient rien à voir avec un prétendu mécontentement lié à une récente distribution de locaux commerciaux. En effet, soutiennent des sources communales, ces locaux, qui sont à l’origine des locaux professionnels et non commerciaux, au nombre de 40, ont été affectés à leurs bénéficiaires par une commission de wilaya, le 19 mars dernier. Si ces attributions avaient fait des mécontents, comme cela avait été avancé, il est invraisemblable que la réaction intervienne un mois après.
© Le Quotidien d’Oran
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